L’autre jour, je faisais le tri dans mon appli wallet. J’ai compté : 23 cartes de fidélité numériques. VINGT-TROIS. Entre les enseignes de fringues, les cafés du coin, la salle de sport, les supermarchés… j’ai clairement un problème. Mais surtout, j’ai réalisé un truc : la moitié, je ne me souvenais même plus de comment ils fonctionnent. Points ? Cashback ? Niveau bronze-argent-or ? Bref, c’est le bazar.
Et pourtant, en 2026, la fidélité digitale est en train de devenir un vrai terrain de jeu pour les marques. On voit des trucs assez inventifs, franchement. Un peu comme quand une plateforme type brutal casino mise sur la gamification pour retenir ses joueurs, les enseignes classiques piquent les codes du jeu vidéo pour rendre leurs programmes moins ennuyeux. Et ça marche, en tout cas sur moi.
Fitness Park qui transforme la muscu en quête RPG, sérieusement ?
C’est l’annonce qui m’a le plus fait marrer récemment. Fitness Park a lancé un programme qui s’inspire directement des jeux de rôle. Tu commences « Neofit », et à force de venir t’entraîner, tu montes les paliers jusqu’à devenir « Goat ». Oui oui, comme dans les vieux RPG où tu passes de bouseux du village à héros légendaire.
Perso, je trouve ça malin. Parce que la salle de sport, c’est typiquement le genre d’abonnement qu’on paye et qu’on n’utilise pas. Là, t’as une progression visible, un statut, des paliers. Ton cerveau reçoit une petite dopamine à chaque étape franchie. C’est exactement le mécanisme qui fait qu’on reste scotché sur un jeu mobile pendant des semaines.
Pourquoi ça fonctionne (sur nous, pauvres humains)
Le truc c’est que la gamification appuie sur deux ou trois boutons psychologiques bien connus :
- Le sentiment de progression (voir une barre se remplir, c’est physiquement satisfaisant)
- Le statut social (être « Goat » c’est objectivement plus classe que d’être « Neofit »)
- La peur de perdre ce qu’on a acquis (tu vas pas laisser tomber ton niveau argent après 8 mois d’effort quand même)
- L’imprévisibilité des récompenses (un badge surprise, un bonus inattendu…)
Et honnêtement, quand c’est bien fait, on ne se sent même pas manipulé. On trouve ça… fun.

Minelli et le pari du « fidélité expérientielle »
Autre exemple qui m’a intrigué : Minelli (la marque de chaussures) a refondu tout son CRM et lance un programme qu’ils appellent « expérientiel ». En clair : au lieu de te filer 10% de réduction au bout de X achats, ils misent sur des expériences, des accès VIP, des rendez-vous personnalisés.
C’est un pari intéressant parce que les remises pures, tout le monde en fait. À force, ça ne veut plus rien dire. Un bon d’achat de 15 balles, tu l’oublies dans ta boîte mail. Une invitation à une soirée de présentation de la nouvelle collection, ça marque plus les esprits (et ça flatte l’ego, faut être honnête).
Reste à voir si ça convertit vraiment. Parce que moi, le « VIP », je m’en fous un peu. Je veux surtout que mes chaussures coûtent moins cher.
Le côté sombre : quand la fidélité devient un piège
Bon, tout n’est pas rose non plus. Un article récent a pointé du doigt un truc qui m’a fait tiquer : la carte E.Leclerc et son système de cagnotte numérique. Le problème ? Les gens accumulent leurs euros pendant des mois, voire des années, et découvrent parfois qu’ils ont perdu tout ou partie de leur cagnotte. Date d’expiration, changements de conditions, non-utilisation pendant X temps…
Ma mère m’a raconté exactement ça il y a quelques semaines. Elle avait genre 47€ de cagnotte, elle voulait s’en servir pour Noël, et hop, une bonne partie envolée parce qu’elle n’avait pas fait d’achat depuis « trop longtemps ». Elle était verte.

Ce qu’on devrait tous faire (mais qu’on ne fait pas)
Deux réflexes de base à adopter :
- Lire les CGU du programme au moins UNE fois (je sais, c’est chiant, mais 5 minutes ça peut sauver 50€)
- Se mettre un rappel dans le calendrier tous les 6 mois pour vérifier l’état de ses cagnottes
Voilà. C’est bête, mais quasi personne ne le fait.
Les outils qui tournent en coulisse
Ce qu’on voit pas, c’est que derrière chaque programme de fidélité un peu costaud, il y a un moteur technique qui bosse. Des plateformes CRM qui trackent tes achats, ton comportement, tes préférences, et qui déclenchent les bonnes récompenses au bon moment. Le marché de ces outils est en train d’exploser en 2026, avec des solutions qui vont du SMB au grand groupe.
Et là où c’est fort, c’est que les meilleurs outils permettent maintenant de faire du sur-mesure quasi individuel. Toi tu reçois une offre sur les sneakers parce que t’as regardé la catégorie 3 fois. Ta voisine, elle, reçoit une invit’ à un événement escarpins. Même marque, expériences totalement différentes.
Le revers de la médaille (parce qu’il y en a un)
Plus les programmes deviennent intelligents, plus ils en savent sur nous. Ta carte de fidélité, c’est un mouchard consenti. Fréquence d’achat, panier moyen, horaires de visite, catégories préférées… Y’a des marques qui savent probablement mieux que toi ce que tu vas acheter ce week-end.
Ça me dérange pas plus que ça perso, je suis assez transparent avec mes données. Mais c’est bien de le savoir. Y’a pas de repas gratuit : quand un programme est gratuit, le produit c’est toi (bon, cliché, mais vrai).
Alors, on s’inscrit ou pas ?
Ma règle perso, depuis que j’ai fait le ménage dans mon wallet : je m’inscris uniquement aux programmes de marques chez qui j’achète VRAIMENT régulièrement. Pas les « au cas où j’y retournerais ». Parce que sinon, on se retrouve avec 23 cartes comme moi, dont 15 qu’on n’utilise jamais et qui polluent l’appli.
Les programmes qui misent sur le fun (le côté RPG de Fitness Park, par exemple), franchement, chapeau. Ceux qui misent sur l’expérience type Minelli, à voir si ça tient sur la durée. Et ceux qui te font perdre ta cagnotte sans prévenir clairement… bah, ceux-là, ils devraient revoir leur copie.
Le meilleur programme de fidélité que j’ai testé cette année ? Celui de mon café du coin. Une carte tamponnée à l’ancienne, 10 cafés = 1 offert. Zéro appli, zéro tracking, zéro prise de tête. Comme quoi.